Faire chanter les fidèles : Calvin et la célébration du culte

par nicolas le 29 juin 2009 · 6 commentaires

dans la rubrique Louange, art et musique chrétienne

Get PDF Imprimer la page Partager    Diminuer Normal Agrandir    Ajouter un commentaire Commentaires

Le Messager

En apportant une nouvelle théologie, les réformateurs ont de fait introduit une nouvelle liturgie dans le culte protestant, dans laquelle le chant des psaumes à côté de la prédication a une place prépondérante.

L’origine du culte réformé se trouve inscrite dans la longue tradition liturgique de l’Eglise romaine. La liturgie dominicale que Calvin va développer puise en effet ses sources dans les textes cultuels de la messe catholique. Cette continuité assume cependant les ruptures théologiques énoncées par la Réforme. Et c’est à Strasbourg que Calvin fait la synthèse théologique en rédigeant une nouvelle liturgie. Lors de son séjour à Strasbourg (de 1538 à 1541), Calvin qui reçoit la charge pastorale de la communauté protestante des réfugiés français, entreprend la mise en oeuvre d’une liturgie. Cette liturgie stras¬bourgeoise de langue française publiée en 1540 et reprise en 1542 à Genève sous le titre « La forme des prières et chants ecclésiastiques, avec la manière d’administrer les sacrements et consacrer le mariage selon la coutume de l’Eglise ancienne », est à la base de la liturgie réformée d’aujourd’hui.

L’inspiration de Bucer
Strasbourg, gagnée peu à peu aux idées réformatrices (i), accueille de nombreuses personnalités. Le dominicain Martin Bucer, passé à la Réforme et devenu pasteur dans le Palatinat, y arrive dès 1523. Il devient l’un des principaux réformateurs de la ville. Pour organiser et célébrer le culte dans l’église Saint-Nicolas-des-Ondes, à la cha¬pelle des pénitentes de Sainte-Madeleine, puis dans l’église des dominicains, Calvin s’inspire de la liturgie strasbourgeoise réformée de langue allemande de 1539, sans doute inspirée par Bucer lui-même, et il en fait une traduction et une adaptation. Les textes mis en parallèles montrent une vraie ressemblance, et notamment la confession des péchés si connue: « Seigneur Dieu, Père éternel et tout puissant, nous confessons sans feinctise devant ta saincte majesté que nous sommes pauvres pécheurs. » (2) La célébration de la sainte cène est évidemment au coeur de cette liturgie.

Faire chanter les fidèles
Calvin, qui aime la musique, prend une part prépondérante dans l’introduction du chant d’assemblée lors du culte réformé. A Genève, dès 1536, après l’abolition de la messe et du chant grégorien, le besoin se fait sentir d’associer les fidèles au chant d’Eglise. Un texte de 1537, sans doute rédigé de sa main, évoque la nécessité de joindre le chant des psaumes « au sermon » (3). Il s’agit «d’élever noz cueurs à Dieu, et nous ésmouvoir à ung ardeur tant d’invoquer que de exalter par louanges la gloire de son nom… La manyere de y procéder nous a semblé advis bonne, si quelques enfants auxquels ont ayt auparavant recordé ung chant modeste et ecclésiastique chantent à aulte voix et disctincte, le peuple escoutant en toute attention et suyvant de cueur ce qui est chanté de bouche, jusque à ce que petit à petit ung chascun se accoustumera à chanter communément » (4).

Certes, on chante le décalogue au début du culte à Strasbourg, mais aussi et surtout les psaumes : en 1539 est édité un premier recueil de 19 psaumes (13 de Clément Marot et 5 de Jean Calvin) (5), et puis àGenève, l’effort technique, musical et littéraire d’édition des psaumes va aboutir à la réalisation d’un véritable chef d’oeuvre évolutif du patrimoine hymnologique protestant, de 1542 (Marot est alors à Genève) avec la publication de « La Forme des prières et chantz ecclésiastiques », à 1543, 1551, et jusqu’à l’intégrale de 1562 qui a été « la plus colossale entreprise des presses genevoises au XVIe siècle et l’une des plus fascinantes réalisations de l’imprimerie de tous les temps» (6). La spiritualité protestante nourrie à cette source vive des psaumes s’exprime ainsi dans la célébration par le chant et s’enrichit de l’écoute des Ecritures enseignées dans la prédication.

François Clavairoly

(i) Un édit de1523 engage le clergé « à ne prêcher que le saint Evangile »; en 1524 le conseil bascule en faveur de la réforme, première messe en langue allemande en 1529 la messe est abolie, le curé de la cathédrale Matthieu Zellprêche les idées évangéliques…

(2) La première liturgie de langue française connue est celle rédigée par Farel en 1533 à Neuchâtel, elle aussi étant une adaptation de la liturgie strasbourgeoise.

(3) Sur l’importance décisive du sermon dans le culte réformé, voir Calvin, Olivier Millet, Infolio, 20. 2008, p 94-108.

(4) Cf Les Psaumes en vers français et leur mélodie, Droz, Genève, 1986.

(5) Ce recueil est intitulé : Aulcuns Pseaulmes et cantiques mys en chant.

(6) Cf Le Psautier de Genève, Bibliothèque publique et universitaire, Genève 1986.


{ 6 commentaires… lisez-les ci-dessous ou ajoutez-en un }

1 Nicolas K. 29 juin 2009 à 10 h 56 min

La Bible et la célébratioon du culte ^^

1 Corinthiens 14.26
"Que faut–il donc, frères ? Lorsque vous vous assemblez, CHACUN a–t–il un cantique, ou une instruction, une langue étrangère, une révélation, une interprétation ? Que tout se fasse pour l’édification."

Ce commentaire est-il pertinent? Thumb up 0 Thumb down 0

2 Nabzed 29 juin 2009 à 13 h 46 min

C’était certainement un moment grandiose de célébrer le culte à la manière nouvelle de la réforme. Mais, chez nous, aujourd’hui, le lithurgie est devenu un vrai frein à l’adoration de Dieu. On a remplacé les effusions d’amour et de grâce par une mécanique étouffante, et comme on dit de nos jours, contreproductive.

Ce commentaire est-il pertinent? Thumb up 0 Thumb down 0

3 Joseph C. 29 juin 2009 à 18 h 26 min

Bonjour,

Je cite également saint Paul dans ce passage non seulement destiné aux cultes mais à tous les rassemblements des enfants de Dieu ;

1 Corinthiens chapitre 14, verset 26 ;

« Que faire donc, frères ? Lorsque vous vous assemblez, les uns ou les autres parmi vous ont-ils un cantique, une instruction, une révélation, une parole mystérieuse, une interprétation, que tout serve à l’édification ».

C’est simple et facile à faire, plein de bon sens comme toujours chez Paul, avec l’objectif suprême de l’édification de l’Eglise du Seigneur par la participation de chacun.

Cependant, de nos jours, nos Pasteurs ont mis en place des Directeurs de groupes de chant et de louange.

Comment çà marche ?

Dans le Mouvement ou je me trouve, par exemple ;

- Vous suivez à la lettre ce que vous ordonne de chanter ce nouveau Ministère.
- Si vous le pouvez, vous chanter, sinon…?
- Vous vous levez et vous vous asseyez aux ordres.
- Vous applaudissez lorsqu’il le demande.
- Vous applaudissez parfois le Seigneur…

La nouveauté est récente.

Lors d’un culte, à la fin de sa prestation, ce nouveau Ministère a demandé à l’auditoire de pousser un cri ! pour le Seigneur…

Mais, que pense le Seigneur de tout ce qui est fait pour lui ?

Et saint Paul et Calvin ?

Joseph C.

Ce commentaire est-il pertinent? Thumb up 0 Thumb down 0

4 SamuelB 30 juin 2009 à 13 h 09 min

J’aime votre dernière phrase cher Joseph C.: "mais, que pense le Seigneur de tout ce qui est fait pour lui". Effectivement, tout ce qui est fait, doit l’être pour lui et c’est là l’important!!! C’est pas dans la forme mais bien dans le fond qu’il faut être clair! Des psaumes ne disent-ils pas: "louer Dieu au son de la harpe, du chalumeau, des symballes retentissantes,…"!!! Vous savez quand le peuple d’Israël louait, avec les tambourins et tout ça, ça devait faire un certain bruit ou un bruit certain devrais-je dire! Sauf que maintenant, on a remplacé cela par des guitares, des batteries et percussions mais le but ultime reste le même: LOUER DIEU!!! Alléluia!
Et effectivement le temps, certes béni, des "Ailes de la foi" et de "Coeur & Cantiques" est passé pour des chants plus modernes ("J’aime l’Eternel", "Asaph",…)! C’est simple! Vous savez j’ai grandit dans une assemblée en France dans ma prime enfance et c’était la plupart du temps le pasteur lui-même qui dictait les chants à l’assemblée. Maintenant on laisse cela à un responsable de louange, ça laisse le temps au pasteur de se consacrer à son message! C’est pas plus mal! Chez nous aussi il y a un petit groupe de louange mais ça n’empêche pas les gens de temps de temps, de proposer l’un ou l’autre chants! C’est pas interdit non plus! A chaque responsable de la louange de faire preuve de flexibilité dans le ministère qu’il ou elle a reçu! Tant que tout cela est fait pour le Seigneur, je vois pas où est le problème! Et c’est pas parce qu’un style "dérange" qu’on doit forcément dire que ce n’est pas pour le Seigneur! Tout cela sont des préjugés pas très constructifs et pas très sympas pour le groupe de louange qui donne de son temps en répétitions, etc…
Amitiés en Christ.

Ce commentaire est-il pertinent? Thumb up 0 Thumb down 0

5 roux michel 30 juin 2009 à 15 h 08 min

Je trouve ridicule et idolatre de mettre sur internet des textes de reformateurs en un français pratiquement illisible (que ce soit Calvin ou les autres).Un peu comme si on les considéraient sacrés au point de ne pouvoir les retoucher …

Ce commentaire est-il pertinent? Thumb up 0 Thumb down 0

6 Joseph C. 1 juillet 2009 à 9 h 24 min

Cher Samuel bonjour. Je vous ai lu avec plaisir.

Personnellement, dans l’Assemblée, j’apprécie tous les chants qui glorifient le Seigneur et qui édifient mon âme vers Lui.

Evidemment, sous ma douche, par exemple, je chante des cantiques différemment.

Lorsque je souhaite écouter de la musique ou des chants autres, applaudir, honorer ou glorifier des compétences ou des professionnels, je me rends à l’Auditorium ou au Zénith de ma ville.

Autrefois, dites-vous, vous avez grandi dans une Assemblée ou le pasteur faisait lui-même chanter, alors qu’aujourd’hui, il laisse cela à un responsable de louange.

C’est peut être très bien, mais ne pensez vous pas qu’il serait plus enrichissant pour les frères et sœurs de nos Eglises de mettre en pratique ce que saint Paul a enseigné, entre autres, aux Corinthiens au chapitre 14 et verset 26 ?

Etes-vous certain que notre Seigneur approuve automatiquement tout ce qui à priori est fait pour lui ?

Pourquoi donc, en France, tant d’Eglises végètent ou déclinent ?

Fraternellement en Christ.

Joseph C.

Ce commentaire est-il pertinent? Thumb up 0 Thumb down 0

Article précédent:

Article suivant: