La perspective du christianisme « post-église » ou l’intimité sans engagement, par Frank A. Viola

par Bible le 13 février 2012 · 9 commentaires

dans la rubrique Christianisme,Christianisme pratique,Etudes bibliques,Exhortations et sermons,Problématiques chrétiennes,Sans Eglise Fixe (SEF)

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Initialement publié dans Christianity Today / Out of Ur en deux parties.

Il y a un phénomène croissant dans le Corps de Christ aujourd’hui. Outre le mouvement «l’église missionnaire», le mouvement «l’église émergente», et le mouvement «l’église de maison», il y a un mode de pensée que j’appelle le christianisme «post-église».

La conception du christianisme post-église est construite sur le présupposé que les formes institutionnelles de l’église sont inefficaces, non bibliques, inapplicables et, dans certains cas, dangereuses. L’institutionnalisation n’est pas compatible avec l’ekklesia. C’est ce que disent les défenseurs de la post-église.
Mais le point-de-vue «post-église» va plus loin en disant: «Tout semblant d’organisation, tout semblant de leadership, est faux et oppressif. L’église, c’est tout simplement lorsque deux ou trois croyants se rassemblent, peu importe la forme. Chaque fois que cela arrive, l’église se produit.» C’est ainsi que l’on pense.

Voici quelques exemples de ce que vous pourriez entendre de la part d’un défenseur de la post-église:

«Sally et moi avons bu un café chez Starbucks la semaine dernière. C’était l’église.»

«Je rencontre deux autres hommes une fois par mois au Sonny’s BBQ. C’est l’église pour nous.»

«Je voyage beaucoup et chaque fois que je visite des chrétiens dans d’autres villes, nous avons un moment d’église ensemble.»

« J’appartiens à la même église que tout autre chrétien. J’habite à Dallas, Texas. La semaine dernière, j’ai parlé à mon ami au téléphone pendant une heure. Il vit à Miami, Floride. La semaine avant, j’ai parlé avec un ami qui vit à Portland, Orlando. Nous avons eu un moment d’église au téléphone. J’appartiens à la même église que la leur.»

«Je n’assiste à aucune réunion chrétienne. Pas régulièrement en tout cas. Je vis l’église sur Internet. J’appartiens à plusieurs groupes de discussion chrétiens et réseaux sociaux, et c’est l’église pour moi.»

« Je ne comprends pas comment les gens peuvent parler d’implantation d’église? Comment une église peut-elle être implantée quand nous sommes déjà l’église? Je suis l’église. Tu es l’église. Il suffit donc d’être l’église. L’Eglise est là. »

Dans ma pensée, tout ce qui précède reflète une redéfinition complète de l’ekklesia telle qu’on la trouve dans le Nouveau Testament, tel que ce mot était utilisé et compris à cette époque. Aucun chrétien du premier siècle n’aurait utilisé le mot «église» de cette façon. Bien qu’il n’y ait certainement rien de faux à partager avec des chrétiens au Starbucks, au téléphone ou par internet, le sens biblique d’ekklesia est quelque chose de complètement différent.  
Afin de comprendre la signification biblique de «l’église», le Nouveau Testament doit être compris dans le cadre du récit biblique. Et il doit être lu et interprété dans son contexte culturel et chronologique. Le texte biblique sur lequel s’appuient beaucoup des défenseurs de la post-église pour leur doctrine est Matthieu 18:15-20.

Regardons ce passage dans son contexte:
« Si ton frère a péché contre toi, va et reprends-le entre toi et lui seul; s’il t’écoute, tu as gagné ton frère. Mais s’il ne t’écoute pas, prends avec toi encore une ou deux personnes, afin que tout soit réglé sur la parole de deux ou de trois témoins. Que s’il ne daigne pas les écouter, dis-le à l’Église; et s’il ne daigne pas écouter l’Église, regarde-le comme un païen et un péager. Je vous dis en vérité que tout ce que vous aurez lié sur la terre, sera lié dans le ciel; et tout ce que vous aurez délié sur la terre, sera délié dans le ciel. Je vous dis encore, que si deux d’entre vous s’accordent sur la terre à demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. Car où il y a deux ou trois personnes assemblées en mon nom, je suis là au milieu d’elles.»

Ici, Jésus parle d’une ekklesia locale. Il parle d’une communauté locale de disciples de Christ qui vivent dans la même localité. (C’est ce que signifiait le mot ekklesia dans le Nouveau Testament comme on va le voir plus loin). Les personnes dans cette ekklesia se connaissent les unes les autres. Le contexte le montre clairement. Ce passage a en vue une réunion d’excommunication. Par conséquent, il s’agit d’un texte terrible, un texte qu’aucun chrétien ne devrait jamais souhaiter utiliser. Il concerne une personne qui agit de façon rebelle et refuse de s’arrêter. Lorsque cela arrive, la personne offensée doit s’adresser en privé à la personne qui a fauté. Si la personne fautive refuse de se réconcilier, deux ou trois autres de l’ekklesia locale doivent parler à la personne fautive. Si elle refuse toujours de mettre fin à sa conduite rebelle, la personne fautive doit être exclue de l’ekklesia.

Notez que Jésus dit qu’après que deux ou trois aient parlé avec la personne fautive, si cette personne refuse encore de changer d’attitude, la nouvelle de son refus de se repentir doit être rapportée «à l’église.» Maintenant réfléchissez: Si les deux ou trois personnes sont l’église, alors ce texte devient incohérent. Jésus dit que les deux ou trois devraient «le dire à l’église» si la personne fautive ne se repent pas. Par conséquent, les deux ou trois ne peuvent pas être l’église. Ils sont simplement une partie d’entre elle. Les deux ou trois personnes dont il est question à la fin de ce passage sont les mêmes qu’au début de celui-ci. Cela implique donc que les deux ou trois qui sont allés voir la personne qui refuse de se repentir devraient prier pour elle. Et le Seigneur sera avec elles d’une manière particulière lorsqu’elles le font. Il sera au milieu d’eux. Ce contexte indique que l’ekklesia est une entité organique, où un groupe de croyants engagés dans une localité «lient et délient», en utilisant les clefs du royaume que Jésus leur a données. Par conséquent, Matthieu 18 n’est pas un texte où Jésus essaye de définir l’église pour nous. C’est plutôt un texte décrivant le processus terrible de l’excommunication.

Cela dit, je suis d’avis que le point de vue post-église ne peut pas tenir face à la lumière du Nouveau Testament. Permettez-moi de justifier cette affirmation et à vous d’en juger.

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1 jeromeprekel 13 février 2012 à 11 h 42 min

Bien vu

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2 Graphou 13 février 2012 à 14 h 54 min

Excellent texte. Très bien écrit et très persuasif.
Je souhaiterais cependant que notre notion de l’ekklesia ne soit pas trop rigide. Si l’ekklesia représente toujours une assemblée, une communauté concrète de croyants, celle-ci peut être petite et revêtir différentes formes, dans un souci de mieux répondre aux défis posés par la culture actuelle. J’ai moi-même participé pendant bien des années à une communauté de maison, alors que je maintenais ma participation à la communauté plus large de mon église. Si on me disait que la petite communauté de six ou huit personnes n’était pas une expression légitime de l’église, ou que la grande communauté était plus légitime que la petite, j’aurais de quoi m’objecter.

Je me demande plutôt si le modèle de la grande église – malgré ses lettres de créances – est toujours pertinent en ce moment, dans le monde post-moderne. Faut-il garder et reproduire les modèles traditionnels ou en chercher d’autres ?

Shalom

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3 André 13 février 2012 à 21 h 35 min

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Mal noté. On aime, on n\\\\\\\'aime pas: Thumb up 1 Thumb down 9

4 myriam L 14 février 2012 à 7 h 32 min

OK, je suis d’accord. Cependant, dans le texte cité, ce n’est pas Jésus qui parle mais l’apôtre Paul. Ce qu’on appelle l’Eglise n’a été créé qu’après la Pentecôte.

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5 gakari1 14 février 2012 à 8 h 36 min

Bizarre de prendre un texte des évangiles pour faire de l’ecclésiologie.
Pour bâtir des règles pour l’assemblée, ok.

Comment peut-on voir l’église pour autre chose qu’une assemblée visible, identifiable, d’ailleurs ? Ce doit être de l’hyper spiritualisation.

Dans le contexte de Viola, je crois qu’il ne faut pas prendre le bâtiment, le nombre de fidèles, la structure en elle-même, pour ce qui fait l’église, plutôt les frères et sœurs, la vie ensemble, avec ses problèmes. 
Et là, quoi de plus vrai.

En ce qui concerne internet, même si ce peut être un vrai plus dans la vie du chrétien, cela remplace très difficilement la vie en communauté, c’est sûr.

Yannick

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6 dimi 18 février 2012 à 21 h 13 min

 » il y a un mode de pensée que j’appelle le christianisme «post-église». » = c’est vrai que c’est un « mouvement » qui monte. Un mouvement de l’Esprit de Dieu surement. Je confirme pour le vivre à Montpellier, France, et de l’avoir rencontré au Québec. Distance, sans connexion direct, mais même pensée : vivre l’église autrement, selon un autre principe, un principe de vie plutôt que de structure. Pour ma part je l’appellerai le christianisme post-institution. C’est très réjouissant, très enthousiasmant.

 » L’institutionnalisation n’est pas compatible avec l’ekklesia.  » = tellement vrai ! C’est une question de structure de pensée intrinsèque. Beaucoup n’arrive pas encore à le comprendre, le percevoir, mais ça va venir.

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7 dimi 18 février 2012 à 21 h 23 min

« «Tout semblant d’organisation, tout semblant de leadership, est faux et oppressif.  » = c’est faux bien sûr. F. Viola fait bien de l’annoncer. Il voit juste. Par réaction aux institutions qui étouffent la vie, on peut devenir un chrétien « post-église. » C’est un autre extême tout aussi dangereux pour la croissance spirituelle. C’est dans l’équilibre qu’il faut chercher. De vrais ministères, une organisation non-étouffante et non-controlante mais structurante pour une croissance saine.

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8 dimi 18 février 2012 à 21 h 28 min

Le point qui confirme bien cet article de F. Viola est celui du partage des biens financiers. Dans l’assemblée de Jérusalem, ils sont allé jusqu’à tout partager ce qu’ils possédaient. Ce n’est pas possible dans un rapport distant avec les chrétiens, ou un rapport uniquement via internet. Il y a là un engagement concert, matériel, incarné et non-individualiste. Remarquons que dans une église-institution ce n’est pas possible non-plus.

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9 tommyab 19 février 2012 à 3 h 53 min

très bon texte…

ça fait 3-4 ans que je voulais le traduire… Merci à celui qui l’a fait.

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