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Propos recueillis par Henrik Lindell
C’est comme un petit printemps en plein automne. L’Eglise protestante d’Algérie, composée d’autochtones et en forte croissance, a reçu son « certificat de conformité » tant attendu. Interview de Mustapha Krim, président de l’Eglise et pasteur évangélique.

A la surprise générale, l’Etat algérien a procédé à une sorte de « reconnaissance » de votre Eglise en juillet cette année. Qu’est-ce qui change concrètement ?
Nous avons enfin, formellement, le droit d’exister. Avant, nous étions dans une zone grise. Nous bénéficions d’un certificat de conformité pour les 27 communautés protestantes qui forment notre Eglise protestante. Les préfets ne pourront plus exiger de façon arbitraire la fermeture des lieux de culte et nous interdire de pratiquer notre foi sous prétexte que nous ne serions pas une Eglise autorisée. Prenons un exemple: en mai dernier, dans mon département en Petite-Kabylie, sept églises membres avaient soudainement reçu l’ordre de cesser leur activité. Elles étaient accusées d’opérer « illégalement ». Ces arrêts ont été annulés par le wali (préfet). Nous pourrions aussi obtenir plus facilement des autorisations pour construire des lieux de culte.
Faut-il toujours craindre des arrestations pour ceux qui se réunissent à la maison pour prier ensemble ?
Oui. Nous sommes en Algérie, pas en France. La Constitution algérienne stipule à la fois que nous avons droit à la différence religieuse, à la fois que «l’islam est la religion de l’État». Une loi, datant de 2006, prévoit des peines de prison et des amendes à toute personne qui « incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion ».
Toutes les Eglises dénoncent cette loi, qui ouvre la voie à l’arbitraire. Mais elle est toujours appliquée.
Des chrétiens ont été condamnés à des peines de prison, alors qu’elles ne faisaient que prier ou discuter de leur foi avec d’autres Algériens.
Certains ont même été condamnés parce qu’ils refusaient de jeûner pendant le ramadan.
Un prêtre catholique, Pierre Wallez, a été arrêté en 2008 après avoir réuni des migrants de l’Afrique subsaharienne pour un moment de prière sous un olivier. Il a pris un an de prison avec sursis.

























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Ce que je ne comprends pas, c’est que cette même association d’églises chrétiennes, l’EPA, exclut elle même d’autres communautés chrétiennes, y compris parmi elles des membres fondateurs, pour s’ériger en seuls représentants des chrétiens d’Algérie. Il existe encore quelques dizaines de communautés chrétiennes en Algérie, dont l’accès à l’EPA, et de ce fait à la légalité, reste fermé. Il est vrai que l’environnement politicologue-religieux n’est pas simple en Algérie, mais le fait que ce soit des chrétiens qui causent des obstacles à d’autres chrétiens me dépasse franchement.
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